Terre ancienne

d'Yves di Manno

paru en avril 2022

 

Note de l’éditeur
Au moment de rééditer Les Célébrations d’Yves di Manno, son deuxième livre publié mais sans nul doute le livre inaugural pour l’œuvre à venir, notre émotion ne saurait être mieux définie que par l’image d’une lumière revenue. Comme il arrive qu’un commencement éclaire rétrospectivement tout un champ futur, ce livre, publié en 1980 et inconnu de la plupart d’entre nous, restait emblématique dans la mémoire de son auteur, en dépit d’une réticence à le reprendre des décennies durant. Certes, il l’avait évoqué ici et là, avait pensé à le récrire, mais finissait toujours par s’en écarter. Ainsi, aujourd’hui, découvre-t-on dans ce livre une langue poétique nouvelle, telle qu’en son éclat d’origine. Dans Terre ni ciel, paru en 2014 aux éditions José Corti, Yves di Manno écrit : «(…) je venais d’achever l’écriture des Célébrations – dérivées de la Chronique des indiens Guayaki de Pierre Clastres – et l’approche ethnographique me devenait peu à peu familière, dans son lien originel avec la poésie». On est en 1977, l’année même où Pierre Clastres meurt dans un accident de voiture en Lozère, à l’âge de 43 ans ; il faut se représenter la sorte de cataclysme que fut cette mort. La Société contre l’État en particulier, paru en 1974, faisait figure de livre-phare, quasi programmatique, pour une partie de la jeune génération de cette époque : Les Célébrations sont dédiées à sa mémoire.
À la croisée des chemins, la lecture des Techniciens du sacré de Jerome Rothenberg, publié pour la première fois en 1968, fut pour Yves di Manno une révélation. L’ayant depuis traduit en français (José Corti, 2007), il est revenu plusieurs fois, notamment dans «Entrée des chamans» (Objets d’Amérique, José Corti, 2009), sur l’importance de la découverte de ce livre : «On peut imaginer, écrit-il, que Jerome Rothenberg a envisagé au départ l’éthnopoétique comme une extension du principe synthétisé par le célèbre Make it new d’Ezra Pound : c’est-à-dire la relecture de certaines œuvres du passé, exhumées ou remises en lumière sous la poussée d’exigences plus précisément contemporaines.» Dix ans séparent l’écriture des Célébrations et celle de Péninsule, que nous republions ensemble, selon la volonté de leur auteur, sous le titre de Terre ancienne. Dix ans pour notre représentation occidentale du temps : mais, en réalité, rien dans le temps ne permet de les séparer, puisqu’elles se rejoignent au contraire dans la quête et la reconnaissance d’une terre qui se dérobe «sans fin».

Lire sur Sitaudis la recension de Christophe Stolowicki

Lire sur Diacritik la recension de Christian Rosset

Lire sur Diacritik la lettre de Pierre Vinclair à Yves di Manno